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Quels enseignants pour demain ?
"La presse annonce depuis quelques jours que le conflit qui oppose les universitaires (enseignants, chercheurs, personnels non enseignants, étudiants) au gouvernement est en voie de résolution, mais que les négociations achoppent sur une dernière question, la formation des futurs enseignants du primaire et du secondaire. De fait, si le problème du statut des enseignants-chercheurs a bien entendu son importance, il est loin de représenter, comme certains médias ont pu hâtivement le laisser penser, la seule revendication des personnels et des étudiants actuellement mobilisés : la formation des maîtres, un budget à la baisse, le devenir des personnels non enseignants dans le cadre de la nouvelle autonomie des universités constituent autant de motifs d’inquiétude et de colère. Tout cela explique que, malgré les annonces récentes du ministère sur la question du statut, le mouvement continue. Parmi tous ces sujets, j’insisterai tout particulièrement sur la nocivité des projets actuels de réforme de la formation et du recrutement des enseignants du secondaire, habituellement désignée sous le nom de « mastérisation ». Il s’agirait en effet de recruter les futurs enseignants au niveau du master (bac+5) et non au niveau licence (bac+3) comme c’est le cas actuellement. De fait, il faut bien comprendre que les enseignants actuels font au moins cinq ans d’études après le baccalauréat, car la licence (éventuellement suivie d’une année ou deux de master d’initiation à la recherche) est suivie d’une année de préparation du concours (Capes, Cafep, Agrégation) et d’une année de stage en situation, qui permet au nouveau recruté d’acquérir les bases pratiques de son métier, cette année étant validée (ou non) par une titularisation. Rien n’interdisait donc d’accorder un master aux étudiants ayant réussi le concours (une année de préparation) puis le stage (une année de pratique). Tel n’a pas été le choix des ministères de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et de l’Éducation nationale. Ainsi, sous couvert de proposer une formation plus pratique, la réforme supprimerait l’année de stage en situation ! Comment une telle suppression pourrait-elle rendre la formation plus pratique ? C’est là un véritable tour de passe-passe : dire blanc et faire noir. La réponse est en réalité très simple : cette cinquième année de formation est actuellement rémunérée ; elle ne le sera pas si la réforme est adoptée, car les étudiants ne feront que quelques stages d’observation. Les étudiants issus des milieux les plus modestes hésiteront donc à financer une année supplémentaire d’études, et le recrutement, déjà socialement clivé, le sera plus encore. Pour des raisons d’économie, le projet réduirait par ailleurs le nombre d’épreuves aux concours de recrutement, mettant la plupart des matières dans une situation impossible s’il n’existe plus qu’une seule épreuve disciplinaire dans le cadre des épreuves orales : les candidats seront-ils évalués en histoire ou en géographie ? en physique ou en chimie ? en grammaire ou en littérature ? Que deviendront par ailleurs les candidats qui auront obtenu le diplôme du master auprès de leur université, mais qui n’auront pas réussi le concours de recrutement ? Représenteront-ils un vivier d’enseignants précaires et sous-payés, subissant le temps partiel et assurant remplacement sur remplacement, sans perspective de carrière ? La « mastérisation » doit, selon le ministère, permettre de mieux rémunérer les enseignants, recrutés à un niveau d’étude plus élevé. Elle signifiera en réalité la précarisation de la plupart d’entre eux. Chez nos voisins belges, où ce système est déjà en œuvre depuis de nombreuses années, le métier d’enseignant est devenu beaucoup moins attractif, et l’on peine aujourd’hui à trouver des candidats. Pour la plupart des universités, en particulier les plus petites, la mise en place des ces masters de formation à l’enseignement signifiera par ailleurs, faute de candidats, la fin des masters d’initiation à la recherche, en particulier dans les filières de lettres et sciences humaines pour lesquelles l’enseignement représente le premier débouché. Alors que, depuis une vingtaine d’années, un grand nombre d’enseignants du secondaire s’initiaient pendant un ou deux ans à la recherche avant de passer le concours, cette possibilité disparaîtra pour la plupart d’entre eux puisque le concours sera intégré à un master consacré essentiellement à un travail sur les programmes du secondaire : en pratique, seuls ceux qui prépareront l’agrégation, désormais entièrement découplée du Capes, auront cette chance de toucher à la recherche. Voulons-nous dans l’avenir des enseignants ayant bien appris leur cours et le débitant consciencieusement à leurs élèves, ou des enseignants ayant goûté à la production du savoir et capables de faire partager à leurs élèves une connaissance intime de leur matière ? Pourquoi le gouvernement refuse-t-il obstinément de comprendre que cette initiation à la recherche représente une expérience formatrice et enrichissante pour les futurs maîtres, à la fois en termes de connaissances, de savoir-faire et de maturité ? Ces revendications n’ont rien de corporatiste, car les enseignants-chercheurs se mobilisent ici pour l’avenir de leurs étudiants. La formation des maîtres représente un vrai choix de société." |
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